LA LEGENDE DE BINGO
(2)
Nzame
hâte sa marche ; il arrive
près de la grotte : « Qu’est ceci, dit-il, des pas qui s’en
vont » ; et il voit la toile d’araignée, les mouches qui sont
prises : « Un homme ne saurait être là ! », dit-il.
Et
Caméléon, du haut du rocher :
« - Ah ! tu es venu ici, bonjour.
-
Bonjour, Caméléon. C’est dans
cette caverne que tu as
vu Bingo ?
-
Oui, mais il y a longtemps,
longtemps ; il est
parti : je crois du reste que l’on voit encore à terre l’empreinte
de ses
pas.
-
De fait, ils sont là, dit Nzame, je vais les suivre. Caméléon, tu as bien
agi ».
Et Nzame
continue sa route.
Il est loin, loin, bien loin
déjà. Bingo sort de la caverne.
« -
Caméléon, dit-il, tu as bien agi. Voici ton paiement : tu
auras désormais le pouvoir de changer de couleur à volonté ; ainsi
tu
pourras échapper à tes ennemis. »
Et le Caméléon dit :
« C’est bien ».
Et Bingo dit à l’Araignée :
« -
Ndanabo, tu as bien
agi, que ferai-je pour toi ?
-
Rien, répond Ndanabo,
mon cœur est content.
-
C’est bien, dit Bingo, ta
présence donnera le
bonheur ».
Et il partit. Sur son chemin, il trouva Vière,
et d’un coup de talon, il lui
écrasa la tête.
Il arriva enfin que Nzame, fatigué
de sa vaine poursuite, remonta en haut et laissa
Bingo tranquille. Celui-ci avait hérité de la science de son père
adoptif Otoyôm. Quand celui-ci fut mort, il lava
son corps, l’ensevelit avec soin, mais enleva d’abord son crâne pour
l’honorer,
le garder dans sa maison, et le frotter de rouge et d’huile aux jours
de fêtes
solennelles. Et c’est pour cela que l’esprit d’Otoyôm
demeura avec Bingo ; c’est Bingo qui nous a enseigné à
garder avec nous, dans l’Evara, les
crânes des ancêtres pour les honorer et garder leur esprit avec nous.
Honte à
ceux qui ne respectent point les têtes des anciens !
Devenu grand, Bingo parcourut le monde,
tous les hommes, toutes les tribus ; il était bon et il enseignait
aux
hommes à êtres bons, à faire le bien. Il opérait toutes sortes de
prodiges avec
une pierre verte portée à son cou. Cette pierre, Dieu y avait marqué
son nom et
l’avait donnée à sa mère Mboya, le
premier jour où il la vit. Et Mboya
avait donné à son tour la pierre verte à son fils Bingo. Et quand il le
voulait, Bingo quittait son corps ; les flèches ne l’atteignaient
point,
les haches ne le blessaient pas, les bambous empoisonnés ne perçaient
pas son
pied nu, et les trésors de la terre lui appartenaient tous. Il aimait
les
hommes noirs et les hommes noirs l’aimaient. Ils faisaient ce qu’il
voulait, ce
qu’il leur ordonnait, et cela était bien, car Bingo était bon.
Et alors Bingo voulut s’en aller bien loin,
bien loin ; il partit, vers le pays qui est de l’autre côté des
montagnes,
je pense bien que ce devait être chez les Blancs, et les hommes de par
là,
ayant vu Bingo ouvrir la terre et en connaître les trésors, l’épièrent
de jour
et de nuit. A la fin, car Bingo les savaient méchants et se cachait
d’eux, à la
fin, ils le surprirent un jour, la pierre verte à la main. Et pour
ravir ses
trésors, et posséder son secret, ils le tuèrent et prirent la pierre
verte
qu’il nous aurait laissée. Depuis ce temps, les hommes de par-delà les
monts
possèdent les richesses de la terre, mais, nous autres, nous avons
gardé les
lois de Bingo. Mes enfants, gardez les coutumes de vos ancêtres, ce
sont les
bonnes. J’ai dit, et il arriva ainsi.
Publié le 20/02/2008
Auteur:
Ekouge du village
Angol
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