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Le deuil chez
les fang (1)
Avant de parler du
deuil proprement dit, nous voulons d’abord rappeler à nos lecteurs que
le décès chez les fang traditionnels ne signifiait pas la fin de la
vie. Autrement dit, ceux-ci ne considéraient pas qu’après le décès, le
disparu allait se reposer paisiblement dans son cercueil en attendant
le jugement dernier ou la résurrection. Au contraire pour eux, la mort,
c’est-à-dire la cessation de la vie organique sur cette terre, n’était
que le passage d’une vie à une autre, d’un état à un autre, d’un monde
à un autre.
Dans leur esprit, l’univers était composé de plusieurs mondes parmi
lesquels le monde des vivants et celui des défunts…. Pour parler du
monde des défunts, ils disaient «essi ayat». Autrement dit, pour
effectuer une traduction littérale, «l’autre côté de la terre». Aussi
disaient-ils lorsque décédait l’un des leurs : «Ackang essi ayat». Ce
qui signifie : « Il est parti de l’autre côté de la terre». Chaque fois
qu’un membre de la communauté décédait, il allait donc retrouver
«l’autre côté de la terre» les parents et amis qui y étaient allés
avant lui. Il ne se retrouvait donc pas seul. Et d’ailleurs, ils
étaient convaincus que depuis «l’autre côté de la terre», celui-ci,
comme tous les autres défunts, pouvait intervenir directement dans
l’existence de ceux qui étaient restés (dans notre monde actuel). Ce
contact était maintenu par un ensemble de rites tels que le byeri, le
melan, le ngii…Cela signifie-t-il que le moment de deuil était un
moment de joie ? Et comment se passait ce moment ?
Lorsqu’un membre de la communauté fang décédait dans le village, cette
disparition était aussitôt, après constatation effective du décès,
annoncée à ceux qui ne se trouvaient pas au village au moment du drame
et aux villages voisins par le canal du «nkul akong» qui autrefois
précisait même le nom du disparu. Immédiatement après cette annonce
faite par le «nkul akong », les hommes et les femmes qui se trouvaient
aux champs revenaient au village tandis qu’au même moment, les parents
et amis des villages voisins affluaient vers la maison dans laquelle
était allongé le (ou la) défunt (e).
Les femmes se regroupaient dans la cuisine à côté du corps inerte (car
autrefois les défunts étaient toujours exposés dans la cuisine) tandis
que les hommes prenaient place dans le corps de garde et que commençait
la veillée funèbre. Elle ne pouvait excéder deux jours. De nos jours
l’exposition du cadavre s’effectue dans le salon familial, dans les
pièces aménagées à cet effet dans les maisons funéraires…et plus
nécessairement à la cuisine. Au risque de vivre de visu la
putréfaction, il était recommandé de pratiquer rapidement l’inhumation.
Mais le plus souvent, celle-ci ne s’effectuait pas avant l’arrivée des
oncles (et des tantes) maternels du disparu.

Publié le
19/08/2006
Auteur: Adzidzon
Bekale
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