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Le deuil chez
les fang (2)
Ainsi ceux-ci, à la
l’annonce de la triste nouvelle, étaient-ils obligés de se mettre
immédiatement en route vers la « maison du deuil ». Pendant que les
parents et amis lointains affluaient, et que la cuisine ne bruissait
plus que des cris et des pleurs des femmes qui exprimaient ouvertement
leur douleur en se roulant sur le sol, en appelant le défunt par son
nom, en lui posant des questions… un groupe de femmes âgées s’était
déjà occupé de faire prendre un bain au défunt avant l’exposition
publique de son cadavre. Celui-ci était ensuite paisiblement allongé
sur un lit en bambou sous lequel on avait glissé des feuilles de
bananiers séchées tandis qu’un drap (un linceul) blanc le recouvrait
jusqu’au cou. A côté de lui, un groupe de femmes pleuraient bruyamment
alors que les nouveaux arrivants défilaient successivement devant le
cadavre.
A ce moment, un silence douloureux régnait sur tout le village car la
perte d’un être était toujours un acte grave qui pouvait en entraîner
d’autres. Cela s’est vu, certains refusant la résignation et
l’acceptation préféraient, quelques jours seulement après l’inhumation,
mettre fin à leurs jours. Mais ce suicide (car c’en était un) n’était
pas généralement d’ordre physique, il était d’ordre mystique. Celui qui
restait se trouvant dans l’incapacité d’accepter la perte de son proche
violait tous les interdits mystiques et s’en allait retrouver l’être
cher…Cela est une autre histoire. Revenons au deuil proprement dit.
Lorsque les oncles (et les tantes) maternels arrivaient, ils se
joignaient à la famille paternelle éplorée, et en silence (pour les
hommes, car dans cette culture, un homme ne pleure pas) participaient à
l’inhumation du défunt. Lorsque celle-ci était faite, les membres de la
famille paternelle étaient invités à sauter sur un brasier fait à
l’aide des feuilles de bananiers séchées qui se trouvaient sous le lit
sur lequel reposait le défunt ou sous le cercueil. Ensuite le linceul
blanc qui recouvrait le cadavre était déchiré en petits morceaux qui
étaient ensuite fixés comme des bracelets aux poignets droits des
membres de la famille paternelle en signe de deuil. Avec l’interdiction
de les enlever car ils devaient tomber tout seuls. Ces petits bouts de
tissus blancs fixés sur les poignets en signe de deuil pouvaient mettre
quelques semaines avant de s’échapper.
C’était après l’inhumation que commençait le deuil proprement dit.
D’abord, sitôt après l’inhumation, une réunion était tenue regroupant
la famille paternelle du défunt et ses oncles maternels. Les premiers
devant expliquer aux seconds les causes réelles du décès de leur neveu
(ou de leur nièce). Si les seconds (les oncles maternels) estimaient
ambiguës ces causes, même si de droit l’inhumation et les funérailles
devaient avoir lieu dans le village paternel du défunt (si la mère du
décédé avait été dotée), les oncles maternels pouvaient exiger et
obtenir, avant l’inhumation, que celle-ci se déroule chez eux, et après
l’inhumation, que les funérailles aient lieu chez eux.
Dans tous les cas, cette réunion était capitale car elle situait la
suite des cérémonies funéraires. Elle statuait également sur d’autres
questions telles le patrimoine du défunt, l’avenir de sa (ou de ses)
femme, celui de sa progéniture, celui ou celle qui en sera le
tuteur…L’influence des oncles maternels était déterminante dans cette
réunion car il s’agit d’une affaire personnelle. Ils pouvaient
s’opposer ou soutenir telle thèse, mais rien ne pouvait être décidé
sans leur accord.

Publié le
19/08/2006
Auteur: Adzidzon
Bekale
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