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Le deuil
chez
les fang (3)

Lorsque les oncles
maternels et la famille paternelle du défunt s’étaient accordés, la
période de deuil pouvait alors débuter. Elle pouvait durer plusieurs
années et ne prenait fin que lorsque la cérémonie de retrait de deuil
était effectuée. Les Anciens racontent que lorsque cette cérémonie
tardait à venir, il arrivait que le défunt (ou la défunte) apparaisse
en songe à l’un des membres de la communauté familiale pour lui
rappeler qu’il attendait toujours sa délivrance, sa libération… Lorsque
la famille paternelle du disparu et ses oncles maternels s’étaient
accordés, débutait alors le soir venu le premier moment du deuil :
akouss.
Tous les frères et sœurs de la veuve (ou du veuf) ainsi que ce dernier
lui-même étaient regroupés assis sur le sol au milieu de la cuisine et,
comme des objets entre les mains des sœurs (uniquement des soeurs) du
décédé ou de la décédée, surveillées par une femme âgée, ils devaient
subir toute la nuit un certain nombre d’épreuves : on les faisait
ramper sur le sol, prendre des assiettes avec des dents, rappeler tout
le mal qu’ils avaient fait au défunt (ou à la défunte), on leur
demandait de prononcer des propos grossiers…Il était interdit au veuf
(ou à la veuve) de parler ou de répondre pendant toute la durée de
l’akouss. Il (ou elle) devait rester muet pendant toute la durée de
l’akouss.
Dans certains cas, l’akouss pouvait s’étaler sur trois jours pendant
lesquels le nkouss (le veuf ou la veuve) restait assis pendant trois
jours et ne devait consommer que des aliments non salés : bananes…
Pendant ce moment, s’il arrivait que quelqu’un qui n’avait directement
rien à avoir avec le défunt soit dans le village, même s’il ne l’avait
jamais vu et même s’il n’avait jamais entendu son nom, si cet homme (ou
cette femme) était de la même tribu (ayong) que le défunt (ou la
défunte), il était pris sans ménagement et subissait les mêmes épreuves
que le veuf et ses frères et sœurs. Cependant ce groupe pouvait se
dérober à certaines épreuves qu’il estimait difficile en payant de
petites sommes d’argent. Au lever du jour, survenait la délivrance
lorsque l’akouss durait une nuit.
Le nkouss était relevé par l’une des sœurs du décédé et on lui tondait
brutalement les cheveux avec un rasoir en se moquant de lui. Il
arrivait qu’il se blesse légèrement à ce moment mais personne n’en
avait cure. Une des sœurs ou l’un des frères du décédé le conduisait
alors à la rivière où on lui faisait prendre un bain. S’il était veuf
on le confiait aux bons soins d’une sœur de la défunte et si c’était
une veuve, on la confiait aux soins d’un frère du défunt. C’était avec
cet accompagnateur qu’il accomplissait le reste des épreuves parmi
lesquelles l’épreuve publique de la simulation du coït. Après ces
épreuves qui constituaient le premier moment du deuil, le veuf ou la
veuve pouvait retrouver tant bien que mal sa vie sociale.
Le second et dernier moment du deuil était constitué par le retrait de
deuil ou le retrait du veuvage, « édzem awou ». Il pouvait se dérouler
une, deux, trois… (voire au-delà) années plus tard. Il s’agissait d’un
grand rassemblement de danses (élone, gaulle, mvett, épolito…) qui
était, à la mémoire du disparu, effectué trois jours durant
(jours/nuits). Normalement du jeudi au dimanche matin. Des invités et
des curieux affluaient de partout et venaient danser en ayant une
pensée pour le défunt. Ce second moment représentait dans la pensée
fang le moment de la libération du défunt qui pouvait de nouveau
revivre.
C’est un moment d’espoir et c’est pourquoi il était avant tout un
moment de grandes réjouissances…à la mémoire du défunt. Les cérémonies
du retrait de deuil étaient ouvertes vers 4h du matin par le « nkul
awou ». Ensuite dans la journée, l’on s’attelait au nettoyage du lieu
des festivités et à la réception des premiers invités arrivés : oncles
maternels, amis...Chacun d’eux apportait une petite contribution
matérielle qui pouvait être des régimes de banane, un mouton, un cabri,
des poulets…et à la fin des cérémonies, il était rétribué
financièrement au prorata de cette participation.
Les journées qui succédaient vibraient au rythme des danses
traditionnelles qui rivalisaient de talent. Pour les plus jeunes qui
revenaient de toute la contrée, ces journées étaient parfois l’occasion
de faire de nouvelles rencontres…Dimanche matin, après avoir dansé
toute la nuit, au lever du jour, un groupe de danseurs (en chantant et
en dansant) allait tourner autour de la tombe du défunt avant de
revenir vers la cour (toujours en dansant et en chantant). Au cours de
cette ronde effectuée autour de la tombe du défunt (ou de la défunte),
quelques danseurs tenaient dans leurs mains soit une photo, soit un
vêtement appartenant au défunt pour réanimer le souvenir. Cette ronde
autour de la tombe était un signe fort car elle signifiait que le
défunt avait été ramené parmi les vivants. Sans exagération aucune et
en ne nous tenant qu’au sens du rituel, nous pouvons même dire que
cette ronde autour de la tombe était une sorte de résurrection.

Publié le
19/08/2006
Auteur: Adzidzon
Bekale
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